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Résumé :

 

« Quand je les vois, tous autour de moi, je me demande pourquoi ils m’en veulent autant… Je ne sais plus quoi faire ni où aller. Que leur ai-je fait pour voir autant de haine et de moqueries dans leurs yeux ? »


À 16 ans, Thomas est un lycéen doué, sportif et séduisant, qui a toutes les cartes en main pour réussir. L’image qu’il renvoie se rapproche pourtant de celle d’un tyran. Tous les élèves le craignent, lui et ses deux meilleurs amis. Tous, y compris Elena, une jeune fille solitaire et effacée, que Thomas maltraite depuis des années. Devenu son persécuteur, il a fini par transformer sa vie en un véritable enfer.


La donne change le jour où la limite est franchie. Un élément inattendu va provoquer la remise en question de l’adolescent : un mystérieux carnet aux lignes troublantes apparaît dans son quotidien. Et si de simples inscriptions avaient le pouvoir de tout faire basculer ?

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« Ne renonce pas » est une lecture intéressante, oscillant entre réalité et fiction, autour du thème du harcèlement et de ses conséquences. 

 

L’auteure, ici, prend le parti d’emporter son lecteur auprès du bourreau, vivant d'abord son comportement avec amusement, puis bien plus tard, culpabilité. 

 

Un protagoniste influençable, narcissiquement fragile, déversant sa haine envers une jeune femme qui ne lui a vraisemblablement rien fait. Un personnage, au couple parental dysfonctionnel, à la mère défaillante et au père absent… En quête de relations sincères, d’un attachement amical solide… Qui ne finit que par s’entourer de profiteurs et d’idiots… 

 

Contre une camarade de classe vulnérable, effacée, incomprise et n’ayant aucun refuge. Une victime, toute trouvée, qui accumule les mauvaises passes, ainsi que les mauvais traitements, et ce, tant à l’extérieur de son foyer familial, qu’en son sein. Dépourvue d’encrage et de soutien (sa meilleure amie ayant quitté le pays), elle s’enlise jour après jour dans la dépression et les idées noires. 

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Un récit qui prend du temps à se mettre en place, et qui selon moi, n’a pas été suffisamment exploité. Bien que le tout soit déjà travaillé, et même bien amené, j’ai ressenti un manque d’approfondissement. Les personnages sont, d'ailleurs, présentés de façon très manichéenne… 

 

De fait, tout le long, et même avec les justifications données par la suite, je n’ai pas saisi les raisons du comportement du bourreau. Elle l’obsède (littéralement, c’est même sa première pensée au réveil), elle est différente (la faute classique de la victime) et appartient à un passé révolu qui lui brise le coeur, très bien. Ses amis sont mauvais et le manipulent, ok… Mais de là à en venir à de telles extrémités ? Mais après tout pourquoi pas ? On a tous détesté un jour quelqu’un au point que ça devienne viscéral. Choisir de façonner un personnage, dans un passage à l’acte extrême, pour illustré un propos n’est pas un mauvais choix en soi. 

 

Ce tourmenteur, est passé d’un extrême à un autre (effacé et solitaire dans l’enfance, bourreau craint de tous à l’adolescence) sans transition (si ce n’est qu’il s’est lié aux mauvaises personnes et que ses parents se sont séparés), pour ne réaliser son erreur que beaucoup trop tard. La validation par les pairs à l’adolescence est un besoin pour beaucoup, et ça prend son sens ici. Pour autant, être craint de tout un établissement est, selon moi, peu crédible. A l’image de ces téléfilms américains, tel que « Lolita malgré moi », ou règne en maître un groupe de quelques individus stéréotypés, contre des adultes qui n’en n’ont franchement rien à faire… 

 

J’aurais apprécié témoigner davantage de ses tergiversations, de ce qui le mobilise (le pouvoir qu’il a sur elle), des bénéfices qu’il tire de son comportement (hormis la validation de ses deux amis). Qu’est-ce qui pousse quelqu’un à en arriver là ? A quel moment perd t-on la mesure de nos actes ? N’y-a-t-il jamais de sursaut de conscience, de culpabilité, de doute ? Bien qu’on en vient à une transformation, cette dernière ne survient que quand arrive l’irrémédiable.

 

L’évolution de ce personnage est intéressante. De fait, le voilà hanté par sa conscience et bien plus encore. Il grandit, ouvre les yeux, réalise, comprends… Mais surtout, identifie la source de sa rage, ses manques, ses insécurités, et ses fautes. Il en vient même à assumer et par la suite, à protéger. 

 

Une prise de conscience qui a nécessité le pire… Mais qui dispense le pan fantastique de cette histoire. Un versant qui permet à l’un de se mettre à la place de l’autre, de traverser quelques moments de son existence, d’expérimenter sa tristesse, sa peur, son incompréhension. Une expérimentation qui ajoute à la culpabilité du tortionnaire, un soupçon de dégoût de soi, de honte et de déception. 

 

Un roman qui dénonce, illustre, les dérives du harcèlement qui empruntent alors plusieurs visages. Tel que ; celui du tourmenteur qui prend pour cible, celui de l’autre qui manipule pour ses sombres bénéfices, celui qui suit par plaisir malsain tout en s’évitant de trop s’impliquer, celui de la masse qui préfère participer plutôt que devenir victime, celui de celles et ceux qui ferment les yeux, celui de la jalousie, de la peur du regard de l’autre, etc… 

 

L’auteure a pris le parti de mettre en mot une évolution, un changement, qui est réaliste et même salvateur pour tous ceux qui liront cette histoire. On peut commettre des erreurs, mal évacuer sa frustration, voire même mal exprimer ou orienter sa colère… Mais on peut aussi, se poser les bonnes questions, comprendre et reconnaître ses torts pour ensuite changer pour une meilleure version de soi-même, sans pour autant blesser autrui au passage. On peut surtout, être traversé par de la souffrance, sans pour autant le faire payer à quelqu'un (qu'il soit vulnérable ou non). 

 

J’aurais aimé que la punition soit plus lourde pour chacun des personnages tortionnaires… Là, ça m’a donné la sensation que malgré les graves conséquences, faire acte de bonne foi et changer, suffit à passer l’horreur des actes perpétrés.  

 

En conclusion, une lecture intéressante et agréable, pour un récit évoquant un sujet (de société) actuel, qui se doit d’être stoppé. Un livre qui mériterait d’être davantage lu, d’abord par les adolescents et ensuite par leurs parents ou encore des enseignants (quel que soit le milieu scolaire, le harcèlement commençant très tôt et ne s’arrêtant parfois jamais). Un roman qui laisse présager une suite intéressante pour l'auteure.